Chapitre 1_________________
Musique : iCi24 juin 1918. Biloxi.
Je tournai en rond dans ma chambre, attendant ma mère. Elle n'allait pas tarder à venir me chercher.
Aujourd'hui, j'avais seize ans. Je me sentais déjà réellement plus vieille que la veille au soir. Comme c'était ridicule ! Je n'avais en fin de compte que quelques heures de plus, mais j'avais « officiellement » seize ans. Et dans deux ans, je serais une femme, ou presque.
Penchée sur l'appui de fenêtre, je ne pouvais pas rater ma mère qui venait d'arriver au coin de la rue. J'étais tout excitée : elle n'était pas partie longtemps, mais elle me manquait déjà. Elle s'était absentée pour préparée notre sortie. Je trépignais littéralement lorsqu'elle franchissait le seuil
-Mary !
Je courus dans les escaliers, elle m'intercepta d'un geste habile et maternel dans ces bras. Elle me câlina quelques minutes avant de me prendre par les épaules et de fixer mes grands yeux d'un bleu étincelant.
-Bonne anniversaire ma petite fée.
Je savais que son surnom était affectueux mais je ne l'aimais pas vraiment. J'étais petite, tout le monde le savait. C'était assez flagrant quand même. Un mètre cinquante, et encore, en me hissant sur la pointe des pieds. J'avais osé espérer que cela aurait changé durant la nuit, mais c'était une cause perdue, à mon avis. Ma mère m'entraina par la main et m'emmena vers mon cadeau d'anniversaire.
Nous n'avions pas beaucoup d'argent. Or cela n'empêcher guère d'aller essayer des robes que nous n'aurions jamais l'occasion, ni les moyens, d'acheter. Nous fîmes en tout trois boutiques.
La première n'était pas exceptionnelle, je n'y essayais que quelques robes. La deuxième ne fut pas beaucoup mieux, d'ailleurs. Les pièces offraient des rayonnages remplis de robes non vendues l'année dernière. Dans la troisième, en revanche, je trouvais ce que je cherchais : une robe m'émerveillant et me faisant vibrer de l'intérieur.
C'était une très longue robe blanche en voile et un bustier noir par-dessus, tombant délicatement au niveau des épaules. Mon reflet me fit devenir princesse en quelques secondes. Mes longs cheveux noirs, me tombaient dans le dos en cascade légèrement ondulée, mes grands yeux saphir s'écarquillaient devant le miroir et ma peau était bien moins translucide que d'habitude.
Ma mère entra bientôt dans la très étroite cabine pour m'observer.
-Tu es magnifique, ma chérie.
Je hochais la tête, aux anges. Je dus ôter la robe trop vite à mon goût mais quelque chose me disait que ma mère allait me coudre la même. Mon intuition se confirma lorsqu'elle s'arrêta au marchand du coin pour se charger de tissus. Des voiles et dentelles blanches, et une étoffe plus résistante d'un gris très foncé.
Nous rentrâmes bien vite à la maison. Ma mère paraissait excitée et je ne compris pas vraiment. Je n'y pris pas plus attention car mon mal de tête récurant faisait irruption dans mes songes et je partis m'allonger en attendant que cela se passe. J'aimais bien cette pièce dans la maison. En réalité c'était plus un cagibi sans fenêtre, un endroit où l'on stockait nos affaires inutiles, mais je m'y étais installée une couverture car l'obscurité empêchait mes maux ces maux de tête de devenir insupportables. D'ici j'entendais aussi les conversations qu'il y aurait pu avoir au salon ou à la cuisine, ce qui pouvait s'avérer utile, parfois. J'entendais d'ailleurs ma mère chantonner.
-Qu'y a-t-il maman ? Tu es vraiment très enthousiaste ! Souris-je.
Je me rendis compte que j'avais eu une légère absence. Elles étaient fréquentes, et je n'y prenais plus trop attention. Cela survenait en général lorsque j'avais mal à la tête. Je m'en dormais et me réveillais sans m'en rendre compte. Je passai ma tête par l'encadrement de la porte quand maman vint me parler.
-J'ai une grande nouvelle ! S'exclama-t-elle ne pouvant plus réfréner sa joie. Nous allons bientôt accueillir un nouveau membre dans la famille.
Elle se toucha légèrement le ventre et je compris derechef. Elle était enceinte.
Je me réjouis pour elle et la pris dans mes bras. Elle me serra très fort.
Je finis par rouvrir les yeux et je n'étais plus dans ses bras mais emmitouflée dans ma couverture dans le cagibi. Je me demandais si j'avais ou non rêvé.
-Maman, ça va t'être une fille ou un garçon alors ? M'enquis-je pour confirmer ma théorie selon laquelle je n'avais pas rêvé.
- Qui donc ?
-Eh bien, le bébé que tu attends, marmonnais-je en me redressant.
Je pris un coussin qui trainait entre mes bras et le serrais fortement pendant qu'elle apparaissait devant la porte et me regardait, étonnée.
-Je... Je ne sais pas encore. Dis donc, on ne peut rien te cacher à toi, sourit-elle.
Je ne relevais pas. J'avais l'habitude qu'elle ne se souvienne pas d'une conversation, aussi récente fut-elle. J'allais partir dans ma chambre lorsque le mal de tête repris. Je fus contrainte de me rallonger. Aucun médecin jusqu'à aujourd'hui n'avait su déterminer ce que j'avais.
La cloche annonçant l'arrivée de quelqu'un retentit devant la porte.
-Mary, tu peux aller ouvrir ?
Je m'extirpais de mon coin et rejoins l'inconnu qui se tenait impatiemment devant la maison.
-Bonjour ?
-Tu es Mary Alice, n'est-ce pas ?
J'acquiesçais, non sans froncer les sourcils.
-Va appeler ta mère s'il te plait.
Tandis que je m'exécutais, je ronchonnais contre cet inconnu qui avait un ton alerte, et semblait pressé. Un riche.
J'étais repartie dans ma pièce lorsque j'entendis ma mère sangloter et poser mille questions au jeune homme. Tendant l'oreille, je m'apercevais que celui-ci essayait de la réconforter en lui tapotant maladroitement l'épaule.
-Mère ?
Elle se retourna sur moi, ses longs cheveux noirs en cadrant son visage semblaient humides de transpiration, elle-même avait l'air sous le choc, la tristesse déformant ses traits.
-C'est... C'est, pleura-t-elle alors que le riche s'en allait discrètement en m'accordant un regard d'excuse. C'est ton grand père... Il est mort.
-Quoi ? Mais non...
Les larmes me montèrent aux yeux, le mal de tête repris.
J'eus une nouvelle absence, un trou noir. Puis, je me voyais marcher dans la maison de mon grand père et mon père était désormais avec nous pour soutenir ma mère. Impossible de me rappeler ce qu'il y avait eu entre ces deux moments. C'était le vide complet dans mon esprit, hormis cette douleur lancinante qui me hurlait que mon grand père était mort. On arrivait bientôt à sa chambre et mon père me pressa l'épaule lorsque je découvris l'homme que j'avais tant aimé depuis ma tendre enfance, blanc comme un linge, étendu sur son lit. Je respirai difficilement et je me surpris même à hurler, me jetant sur sa dépouille et le secouer tandis que j'entendais ma mère pleurer dans les bras de mon père.
Je criai. Quelqu'un vient me secouer par les épaules et je me débattais en criant à nouveau. J'hurlais des bouts de phrases incompréhensibles alors que mon mal de tête revenait trois fois plus fort. « Non... Reviens... Pas mort... je... »
-Mary Alice ! Calme-toi, criait soudain, au dessus du boucan que je faisais, la voix apaisée de ma mère.
J'ouvris les yeux. J'étais dans ma petite pièce. Mes larmes roulaient en silence sur mes joues, tentant vainement d'effacer ces souvenirs de ma mémoire. J'avais du faire un cauchemar... Un cauchemar horriblement réel, certes... Mais rien qu'un rêve. Ma mère me berça de longues minutes, mais je n'arrivais pas à faire cesser mes pleurs.
-Raconte-moi, souffla-t-elle.
-Je... Grand-père...mort... Crise cardiaque... Je...
-Chut...C'était un cauchemar. Je vais continuer ta robe, ca va aller ?
Je hochais la tête.
Elle était partie depuis peut-être dix minutes lorsque la cloche carillonna.
-Mary, tu peux aller ouvrir ?
Je me levais en rechignant, toujours pas sortie de mon rêve, et ouvrit la porte. Il était là, l'homme riche. Mes mains ce mirent à trembler violement.
-Bonjour ? Fis-je tel un couinement de souris.
-Tu es Mary Alice, n'est-ce pas ?
J'opinai fébrilement.
-C'est pour mon grand-père que vous êtes là ? Il est mort, n'est-ce pas ? Demandais-je d'une voix tremblante.
Ses yeux s'arquèrent et ses sourcils se froncèrent.
-Je... Oui. Comment... ?
Je n'entendis pas la fin de sa question : Je venais de m'effondrer par terre. Mon mal de tête reprit et je me mis à convulser. Très fort. Je criai. Soudain, un nouveau trou noir.
Je perdis connaissance.
Je rêvais. Ou du moins, j'espérais sincèrement que c'était un rêve. Un cauchemar. Il faisait très noir autour de moi mais pas assez pour que je ne puisse pas voir une silhouette au fond de la pièce. Je voulu me lever mais c'était impossible, mes poignets étaient liés à de grosses menottes en cuir. J'essayais de calmer mon c½ur qui s'affolait, en vain. J'avais froid. Un éclat doré attira mon attention et je tournai la tête. Une personne était présente derrière une petite lucarne et m'observait. L'homme au fond de la pièce parla.
-Mary Alice Brandon.
Je sursautai, mon corps fut traversé de frissons.
-D'après ce qu'on raconte tu serais une sorcière. Sache que je n'y crois pas. Alors je vais te faire avouer. Je sais que tu as tué ton grand père, et tu vas me dire comment.
-Je... Je ne l'ai pas tué !
-Il ne faut pas mentir. Tu connais les électrochocs ?
Je ne répondis pas. J'étais trop préoccupée à me demander ce que je faisais là et pourquoi l'on m'avait accusé du meurtre du grand père que j'aimais tant.
-Non ? Et bien, tu vas aimer...
Une lumière m'aveugla soudain, je battis des paupières. Je remarquai que j'étais pratiquement nue et que des dizaines d'électrodes étaient collées sur mon corps. L'homme face à moi me sourit avant d'abaisser brutalement une manette. Cela commença. Je me mis à convulser à une vitesse inouïe, comme si j'étais possédée. Un feu éclata en moi, il explosait en tout les endroits de mon corps encore et encore. Je hurlais sans entendre vraiment un cri. Mes yeux durent se révulser car je ne vis plus rien, mais je soufrais toujours. Je n'avais plus de pensées, juste de la douleur. Des lames de feux s'enfonçaient en moi me blessant de tous les côtés, meurtrissant chacune de mes terminaisons nerveuses jusqu'à les anéantir toutes.
Cela diminua soudain. Le feu ne revenait plus, mais il n'était pas éteint pour autant. Je recommençais à percevoir les sons et à voir autour de moi. Cependant, mon corps était toujours secoué par des décharges brûlantes.
-Quinze secondes et regardez comment elle réagit, rit l'homme. Jonathan ! Venez ici. Habillez-la et emmenez-la dans sa cellule. D'ici cinq ou six bonnes heures de repos elle sera suffisamment en forme pour qu'on double la dose.
Doubler la dose ? Quinze secondes ? Mon corps brûlait toujours et il comptait recommencer... La dernière chose que je vis avant de m'évanouir, furent les yeux ambre sombres d'un autre homme qui viraient doucement vers le noir.
Je me réveillais en sursaut. Mon c½ur battait à une vitesse folle et j'avais le souffle court. J'étais dans un lit d'hôpital. Ma mère m'observait, inquiète, derrière une vitre et je remarquais que j'avais une camisole autour de moi. Je voulu me débattre mais j'étais bloquée, je commençais à sangloter.
Un homme arriva derrière ma mère et lui fit signer des papiers. Je ne savais pas qui s'était, il me tournait le dos. Je voyais mes parents jetaient des coups d'½il anxieux vers moi. Je ne comprenais pas vraiment où j'étais, ni ce que je faisais là, mais je savais que ca allait mal. L'homme rangea les documents signés par ma mère et se retourna vers la vitre.
Oui, ca finirait mal. C'était même la fin pour moi.
L'homme était celui de mon rêve. Celui qui m'avait torturé. Je lâchais un cri d'horreur malgré moi et me débattait deux fois plus fort, arquant mon dos et tapant des jambes sur mon lit en hurlant.
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Merci =)
Loredana.
PS. Je viens d'apprendre que Ashley allait jouer dans un film appelé "apparition"...
Ca tombe bien
:) J'aime ce genre de coïncidences